À la fin de la guerre froide, en 1989, les relations internationales connurent une profonde évolution qui se manifesta, entre autres, dans le domaine de la paix et de la sécurité internationales. Durant une première période (1989-1995), une tentative de faire des Nations Unies le centre d’un véritable système de sécurité internationale a été engagée – avec certains succès comme la libération du Koweït, la fin des conflits en Amérique Centrale, en Angola et au Cambodge -, avant d’aboutir au constat que les Nations Unies n’étaient adaptées ni aux nouvelles relations internationales ni aux nouvelles menaces contre la paix – accumulation d’échecs des actions des Nations Unies lors des conflits en Ex-Yougoslavie, en Somalie, au Rwanda ou au Libéria. À partir de 1995, a débuté une période d’adaptation de la structure, des mécanismes et du mode de fonctionnement des Nations Unies dans l’optique de créer un nouveau cadre de gestion de la paix et de la sécurité internationales.


Cette période, qui se prolonge jusqu’en 2005, est jalonnée par de nouveaux évènements – attentats du 11 septembre et émergence du terrorisme international comme menace à la paix, prise de conscience du danger de la prolifération des armes de destruction massive, crise au Kosovo, guerre en Irak en 2003,…- qui auront pour conséquence, non pas d’empêcher, mais de réaffirmer la nécessité d’une adaptation de l’Organisation.


Durant les années 1995 à 2005, on a pu constater comment le Secrétaire général a, petit à petit, renforcé ses pouvoirs en matière de diplomatie préventive et de consolidation de la paix sur la base d’une interprétation flexible de l’article 99 de la Charte; comment les missions des Nations Unies chargées des opérations de maintien de la paix ont été, en règle générale, autorisées à recourir à la force dans le cadre de l’accomplissement de leur mandat; comment a été consacrée, en pratique, la créa-
tion par le Conseil de sécurité de forces multinationales chargées de recourir à la force ; comment un débat s’est instauré autour de la question de savoir si les autorisations de recourir à la force devaient être explicites et préalables ou pouvaient être implicites et postérieures; comment beaucoup d’organisations régionales ont réformé leur traité constitutif (ou ont modifié leur pratique) et prévoient dorénavant la possibilité de recourir à des mesures coercitives, en ce compris en l’absence d’une autorisation du Conseil de sécurité; comment a été posée la question de la révision du concept de légitime défense au regard des nouvelles menaces en cherchant à l’appliquer lors de la survenance d’actes terroristes ou en considérant qu’elle peut être exercée en cas de menace imminente due à l’utilisation d’armes de destruction massives ; comment le concept de menace contre la paix s’est élargi ; comment les pouvoirs du Conseil de sécurité se sont étendus au point qu’il en est venu à se convertir en un législateur international ; ou comment, enfin, les Nations unies se sont vues immergées dans un processus qui a débuté avec le concept de consolidation de la paix et a abouti à l’exercice de véritables administrations internationales.

Finalement, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’Organisation, s’est imposée la nécessité de modifier la Charte pour introduire les réformes qui ne pouvaient être apportées par la pratique. La réforme du Conseil de sécurité ou la création de nouveaux organes qui pourraient être considérés comme des organes principaux de l’Organisation exigeaient des réformes formelles.

Le présent colloque prétend analyser l’ensemble de ces réformes – matérielles et formelles- afin, d’une part, de systématiser et de distinguer ce qui doit être considéré comme une réforme de ce qui doit être considéré comme une violation de la Charte et de réaliser, d’autre part, un bilan de la situation actuelle qui permette de faire des recommandations pour le futur.
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